10 novembre, 2010

Attention ! ça taille petit !


Ce que je vais vous raconter va peut-être vous paraître futile. Il n'en est rien.
Il y a encore deux heures j'étais à Paris gare de l'est dans un magasin spécialisé, pour y acheter des costumes noirs pour femmes. Ceux qui me connaissent savent pourquoi, pour les autres, j'ai pas le temps maintenant d'expliquer. Ce magasin équipe les collectivités, les hôtels, les hôtesses d'accueil, les écoles professionnelles, les professionnels des métiers de bouche et tous ceux qui veulent y trouver de la fringue pas très belle certes mais conçue pour qu'on y soit à l'aise quand on la porte huit heures par jours parce qu'on y est obligé par un travail un peu "physique". En l'occurrence il s'agit d'habiller les femmes de l'harmonie fanfare dont je suis le président de costumes d'hommes "boutonnés femmes", ça ne se trouve pas n'importe où... Avec ma copine S. qui doit m'aider à acheter pour elle et pour des personnes qui ne peuvent pas venir, on attend que la vendeuse s'occupe de nous.
Et c'est là que ça de vient intéressant dans le genre tragi-comique. Deux gamines viennent acheter ce que leur école hôtelière leur a demandé d'acheter. La vendeuse est au courant, ça fait huit jours qu'elle les équipe, les gamines de cette école. Il y a une brunette ravissante et une superbe black, superbement callipyge. Elle annonce sa taille, du 34. La vendeuse qui a l'oeil, lui dit "du 34 ? ça m'étonnerait !... en plus chez nous pour les pantalons, on taille petit, ce n'est pas du 34 qu'il te faut c'est au moins du 36". La môme alors, se sent bafouée, humiliée. Non ! pas du 36, pitié ! pas du 36, du 34 ! l'honneur de ses fessiers, celui de son ischion sont en jeu. De guerre lasse la vendeuse lui refile un 34. Mais l'essayage est cruel. Même si elle est bien loin de la surcharge pondérale, hors de question de tout rentrer là dedans, ça déborde un peu de partout, de devant surtout et la fermeture éclair crie au secours, pour ce qui est des fesses, c'est du sous-cutané. Faire dans le cas présent et devant sa copine deux tailles de plus que ce qu'elle imaginait c'est pour elle un collapsus existentiel.
C'est rigolo ?
Oui mais pas tant que ça car ces fillettes de 16 ou 17 ans, elles sont gavées de critères précis, de canons, ceux de la mode des journaux qu'elles lisent, des émissions qu'elles regardent, des conneries qu'elles entendent... Elles savent d'instinct comment être belles (en l'occurrence celles-ci l'étaient particulièrement, chacune à sa manière) dans la vie de tous les jours mais et c'est ce que la vendeuse leur explique gentiment, les fringues de serveuses qu'elle leur vend, c'est pas du sur mesure , du cousu main pour un défilé de mode. Et c'est à la même vendeuse que revient de leur expliquer qu'il faut pas rêver... Elles font ça très bien, elles sont habituées, elles savent faire. Ah ! les braves femmes.
Comme je suis pédagogue et qu'elles me sont sympathiques, même si en même temps elles sont insupportables, j'explique à ces jeunes filles un peu surprises, pour avoir côtoyé dans une vie antérieure le milieu pourave de l'hôtellerie, une chose que personne ne leur dira jamais aussi précisément, même si c'est vrai. "Jamais dans votre boulot on ne supportera que vous soyez plus belles que vos clientes..." Je leur dis : "alors, gardez votre beauté pour faire la fête, pour vos petits copains, pas pour bosser". La brunette piquante a de toute évidence compris. La sublime blackette, peut-être parce qu'elle est consciente de son indiscutable beauté, tente encore au moment où elle sort du magasin de digérer son 36... C'est vrai, elle est sublime mais elle sera, sauf événement imprévu et assez peu probable, serveuse et si elle est pas conne, au bout de quelques temps, chef de rang... Je sais, c'est pas honteux d'être serveuse, mais c'est pas ce dont on la fait quotidiennement rêver...



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