08 avril, 2012

Petite lettre des temps anciens ou " Ach, la guerre groß malheur ! "

Mon Kurt chéri,

Cela fait déjà une semaine que tu es parti en manœuvres et je me languis de toi. J’espère que la construction du mur avance et que tu ne prends pas de risques inutiles
J’ai reçu ce matin de Marcel une lettre d’Allemagne. Les fermiers chez qui il est placé ont, grâce à ton intervention qu’il ignore bien sûr, amélioré son traitement, et il semblerait, même s'il s'ennuie un peu, qu’il commence à s’y plaire et à apprécier le vin de Franconie.

Je lui raconte, car il est demandeur, nos ébats les plus chauds comme si c’étaient mes fantasmes personnels secrets dont il serait le héros, en prenant garde toutefois de ne pas confondre vos toisons, tu sais qu‘il est aussi brun que tu es blond, toi, mon petit prussien d’amour. Il me retourne sur le même ton, de lettre en lettre, quelques badineries qu’il invente à longueur de temps - il n'en manque pas - et que nous essaierons toi et moi, dès ton retour que j’espère très prochain.

Nous avons reçu hier la visite avant qu’il ne s’installe ici d’un jeune Feldwebel d'artillerie qui se prétend ton cousin, presque une sorte de frère. Tu sais ma méfiance. Il m’a, sur mes interrogations réitérées, donné quelques détails tout à fait convaincants sur ton anatomie que seule une fréquentation familiale assidue ou les contingences de la vie de caserne et celle du sauna pouvaient lui faire savoir.

Quoi qu’il en soit, sois tranquille, je ne suis, tu le sais, la femme que d’un seul homme. Nous attendrons ton retour, puisque ton colonel nous oblige à le loger, pour envisager, un éventuel regroupement au sein de mes appartements, la maison, tu le sais, est trop grande pour voir, malgré les efforts de ta compagnie, toutes ses pièces chauffées en permanence et ce d'autant plus que c'est notre bois qui y passe.

Ah, pendant que j’y pense, papa a découvert grâce à son ami l’Oberstleutant von L., en échange des services que tu sais, un stock de pneus tous neufs mais il préfèrerait pour les négocier attendre ton retour, il a, tu le sais, une entière confiance en toi.

J’attends de tes nouvelles au plus vite et je t’embrasse tendrement.

Ich liebe dich !

Ta douce M. qui t’aime

4 commentaires:

daniel a dit…

J'oublie et aujourd'hui j'y repense, Michel Butel fit l'Autre Journal, il fait maintenant L'Impossible, vendu en kiosque et en librairie, cinq euros. J'aime le rythme et le souffle des textes et des photos de cette revue de poche. Il y a un article sur Diego Masson, entre autre. Mais peut-être et sans doute en as-tu déjà pris connaissance...
D*

P. P. Lemoqeur a dit…

cher Daniel,

Cette lettre est une lettre fiction que j'ai rêvée cette nuit d'un seul trait et que mon excellente mémoire m'a permis de transcrire directement ce matin au réveil. Je n'ai rien retouché , tout juste ai-je par coquetterie de couleur locale, mis en allemand les grades des officiers et ajouté la petite considération douce-amère sur la surconsommation de bois dans la maison...

daniel a dit…

Ta lettre est bien tournée, sacrément bien ! Alors il te faut écrire dans cette revue, l'Impossible, ils sont casse-pieds, mais ils recherchent des auteurs...
D*

P. P. Lemoqeur a dit…

Merci du compliment,

Mais je ne vois pas vraiment comment un texte pour le moins "retro" pourrait trouver sa place dans une revue résolument moderne, et puis je suis musicien, pas écrivain...

Je vais toutefois suivre tes conseils et les contacter.

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