06 juin, 2012

Drieu la Rochelle, sorti d'une poubelle et rencontré ce soir

D'aucuns diront que c'est normal, que j'ai dégotté ce livre à sa place. J'ai trouvé dans une poubelle ce soir,  soir des 'encombrants', le "Journal 1939-1945" de Drieu la Rochelle  J'ai commencé la lecture à l'instant et ça m'emmerde d'en convenir,  après avoir parcouru très rapidement et lu des choses ignobles et idiotes,   les premières pages du livre où il parle de lui,  sont touchantes  d'humilité, de tendresse pour les femmes dont il parle beaucoup et pas toujours par haine comme le prétend l'éditeur qui en remet une louche pour vendre du scabreux... mais aussi  de clairvoyance envers lui-même, sans complaisance. C'est écrit simplement, je dirais, admirablement et ça aussi ça m'emmerde... Éthique et esthétique :  une pensée délétère peut-elle être véhiculée par un style de qualité, (on va pas non plus crier au génie) si vous voyez le genre, sujet de bac, vous avez trois heures.
Dans le même ordre, "Fallait-il publier, ne pas publier", se demande,  très faux-cul, l'éditeur, une fois la chose faite...
Visiblement, Drieu n'est pas comme le génial Céline du Voyage ou le médiocre bavard  Rebattet des Deux étendards,  un délirant bouffon.  Drieu est d'une banalité remarquable. Son  "collaborationnisme" est  trivial, antique et  sans imagination, sans originalité, ses analyses foireuses autant que ses prévisions, le tout persillé de fulgurances  Il dit des bêtises, pire, des saloperies mais parsemées de sincérités. Car l'époque veut qu'en ces temps, quelles que fut leur degré d'ignominie, on les disait bien et avec talent ... Je sais, c'est pas une raison.
Et si contrairement à Céline et à Rebattet, aux deux Abel, Bonnard et Hermant,  qui choisirent de vivre leur honte,  son suicide était  la preuve, sous forme de rédemption, de ce qu'il avait compris, affligé devant l'évidence, la connerie de ses choix, de  sa vie et bien sûr, tout le reste  ?      


3 commentaires:

Calyste a dit…

Bien sûr. Mais "Gilles" est un grand roman de la littérature française et je trouve qu'on nous rebat trop les oreilles avec Céline en oubliant totalement Drieu qui a un style admirable, lui.

P. P. Lemoqeur a dit…

Oui, c'est pour ça que je vais le lire...

daniel a dit…

C'est marrant de Céline je n'ai pu lire que sa thèse de médecine (sur un médecin juif autrichien accoucheur, Semmelweis) qui est remarquable, le reste de son "folklore" m'emmerde.
Rebattet c'est creux et méchant mais avec une telle densité, un tel rythme que d'en lire un seul ouvrage suffit pour la vie.
De Drieu je n'ai rien lu d'autre que certaines de ses missives, quelques uns de ses courriers ; paradoxalement j'éprouve une curiosité pour lire un de ces jours un de ses textes...
'Faudrait que j'en trouve un, moi aussi, dans une poubelle !
D*

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