24 février, 2013

Petit conte épouvantable d'un dimanche froid et neigeux.

Ce n’est que quelques jours, voire une ou deux semaines après que Monsieur et Madame R. eurent conçu dans le bonheur et la jouissance commune, que se produisit cet “incident mineur” à la centrale nucléaire où l’un comme l’autre gagnait fort bien sa vie. On les rassura, rien de grave ne s’était passé et le fait que Madame R fut devenue désormais comme on dit “dans un état avantageux” ne devait pas les inquiéter.
Elle eut une grossesse normale et sans problème. L’enfant juste un peu fort était un garçon, vif au point que l’on craignit  quelques temps qu’il n’arrivât, et naturellement, avant terme.

La chambre était retenue à la clinique obstétricale de la ville voisine et elle s’y rendit la veille comme convenu, calme, et prête à connaître les affres de la gésine et les joies de l’enfantement
Une césarienne était prévue car l’enfant présentait une tête un peu grosse, même si elle était en parfaite conformité avec le reste du corps.
Les douleurs et les eaux vinrent en temps et heure et l’on conduisit la parturiente en salle de travail où une sage femme avenante et fort maquillée vint lui rappeler les principes élémentaires de l’accouchement sans douleur. Son mari vaillant et fier en futur père était à ses cotés qui lui tenait la main, vêtu de cette blouse et de ce bonnet ridicules mais aseptiques, et chaussé de mules blanches un peu trop grandes qu‘il perdait à chaque pas.

L’accouchement débuta et le médecin un peu inquiet par la taille de la tête du curieux bambin se prépara à pratiquer cette incision précise et douloureuse dont on prétend que le divin Jules fut le premier à profiter.
C’est alors que dans un râle ignoble se libérant de sa mère, du placenta et de tout le reste, tranchant de ses dents acérées le cordon ombilical, le nouveau né glissa sanguinolent de la table de travail laissant, avant de disparaître non sans  les avoir violemment bousculés parents et staff médical prostrés dans la plus grande sidération...

On ne le retrouva pas
L’enfant fut déclaré mort-né

Quelques temps après, on découvrit dans les fermes avoisinantes de curieuses morsures sur le pis de quelques vaches victimes de traites nocturnes, abondantes et sévères. On retrouva ensuite des moutons égorgés puis quelques mois après un fort taureau de concours saigné comme un lapin, à demi dévoré .

Et toute la communauté anti-écologique locale s’insurgea de la réintroduction irraisonnable du loup, et puis celle de l’ours, dans les montagnes avoisinantes...

Les parents ont fait leur deuil et repris leur travail. Ils envisagent d’adopter un petit japonais un peu frêle et anémié certes, mais d’un calme et d’une douceur absolue.

©  2013

2 commentaires:

daniel a dit…

J'adore tes comptes cruels, un plaisir et je n'en cherche aucune signification !

P. P. Lemoqeur a dit…

merci Daniel ! ca me fait plaisir !

Site counter

Archives du blog