19 janvier, 2009

Et Nolde, et Picasso, et les autres, et hop !

Cet après midi, ma soeurette qui aime la peinture et qui peint elle même fort bien m'emmène au Grand Palais. Elle a un Pass ! Pas de queue, pas d'attente, ça change la vie surtout quand il fait un temps de mars avec des giboulées. On a commencé par Nolde car à l'origine, on ne devait voir que ça - c'est le dernier jour ! - et puis dans la foulée on est passé chez Picasso.


De Nolde je connaissais ce que tout le monde connaît, ces personnages interlopes, ou bien encore ces gnomes sortis de légendes nordiques, bref les toiles les plus expressionnistes. Je ne connaissais pas ces jardins tout en couleurs, et quelles couleurs ! ça sort du tube, sans mélange ou à peine pour aller s'étaler au couteau sur la toile. Nolde ne lésinait pas. C'est somptueux, d'une laideur opulente, d'une tristesse et d'une angoisse absolue. Ce qui fait que lorsqu'il s'attaque en bon chrétien aux scènes de la vie du Christ, sa dramaturgie devient un peu banale, face à la violence de ses scènes de genre et surtout, les couleurs sont un peu éteintes, sans pour autant atteindre d'une manière les nuances des nabis, les subtilités du Christ Jaune de Gauguin ou par d'autres celles si sombres et si tragiques de Rouault. Il y a aussi quelques paysages de l'Allemagne du nord, avec des ciels bien bas, des bâtiments de ferme dont on dirait qu'ils sombrent, bref de l'évocation qui plombe, c'est superbe ; mais on oubliera au plus vite ses marines... Et puis surtout il y a cet auto-portrait à peine ébauché, un peu bâclé (c'est toujours et à dessein un peu bâclé, Nolde) où sont remarquablement mis en évidence ses grands yeux clairs, tels qu'on les voit sur l'immense photo à l'entrée, si clairs sous son chapeau blanc qu'on ne voit qu'eux.... Mais ma grand surprise, se sont ses aquarelles et surtout ses gravures. A l'opposé de ses toiles travaillées en force, ses gravures et ses aquarelles sont d'une finesse et d'une précision surprenantes. Et c'est peut-être bien là qu'il est le meilleur...

Le temps de se prendre une averse et on fonce voir Picasso and C°. Le problème de cette expo, c'est que dans l'histoire, une fois qu'on a compris à l'évidence qu'il tient (globalement) la route face aux autres, on s'en fout un peu de Picasso. Faut dire qu'on a amené, rapproché des tableaux exemplaires qu'on est tellement heureux de voir qu'on oublie un peu le fil conducteur... Faisons les comptes... Les trois créatures emblématiques, la Vénus du Titien du Prado (celle ou le jeune organiste qui est censé la distraire se distrait lui même de son clavier pour lui contempler sans vergogne le sexe), la Maja desnuda et l'Olympia, salope qui fit scandale (pourquoi d'ailleurs, quand ni la Venus, ni la Maja ne le firent en leur temps ?), les adorables pulpeuses crypto-goudous des bords de Seine de Courbet, l'autoportrait de Rembrandt âgé (celui du Louvre), la Jeune femme à sa toilette du même (mise assez bêtement en situation avec la Pisseuse de Picasso) le très élégant Saint Martin du Gréco et un tout petit tableau totalement foldingue du même, le Songe de Philippe II, l'un des plus sublimes Zurbaran, Saint François au crane, ainsi que le tout aussi sublime "Agnus Dei" du même (ci-dessus), l' Enlèvement des Sabines de Poussin ainsi que son autoportrait, le Petit mendiant de Murillo, un ou deux Ribera, une des "familles admirables" des Le Nain, d'Ingres, entre autres, Mademoiselle Rivière avec sa grosse tête sur son petit corps et ses bras immenses de gibbon, de statue kikouyou, une surprenante Odalisque en grisaille lisse et froide comme l'acier, les jeunes filles au bord de la mer de Puvis de Chavannes (j'aime !), Degas, Césanne, oui, le Douanier à coup sûr, Toulouse-Lautrec, sans doute, peut-être ? bref, j'en oublie... ah ! la petite Infante Marie-Marguerite de Velasquez pour justifier à la place des Ménines non prêtées (au fait pourquoi ?) les multiples variations de Picasso sur le sujet...
Voila, on part pour voir une exposition et l'on revient ravi d'avoir vu tout autre chose, une sorte de musée idéal-éphémère-thématique et finalement, je trouve ça plutôt bien... Car après tout, le musée Picasso est ouvert tous les jours, sauf le mardi...

4 commentaires:

lesa a dit…

eh bé, t'as pris des speeds ???

P. P. Lemoqeur a dit…

Non ! mais en plus on a visité les deux expos en une heure et demie...j'aime pas traîner...
et il se trouve que j'ai une assez bonne mémoire visuelle...
Voila...

Mariléti a dit…

Que c'est beau ce mouton sacrificiel !

P. P. Lemoqeur a dit…

Et oui, non seulement il est beau mais il est rare, peut-être même unique, parmi les représentations de l' agneau pascal, car ce 'est pas un mouton, mais bien un bélier...
Mais Zurbaran est toujours étonnant .

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