Soit on leur fout la paix comme ce fut le cas pour Franco le garroteur, Pinochet et Videla les exterminateurs.
Soit on les tue à la romaine, comme Jules César lardés de coups de poignards, ou comme Tibère étouffé sous des coussins. Ce qui est un peu injuste à une époque où il n'y a que des tyrans au pouvoir... tyran, c'était même un titre ... (le plus célèbre, Denys, tyran de Syracuse, ayant peur de se faire assassiner, se faisait, dit-on, raser par ses filles avec des coquilles de noix ou d'escargots)
Soit on les traite à la Louis XVI, si tant est que le pauvre homme ait jamais été un tyran et commis personnellement un dix millionième de ce qu'ont commis et plus récemment tous ceux qui vont suivre : un simulacre de jugement, une mascarade de prise en considération de la défense. Seules l'exécution et le comportement du condamné au moment de sa mort relèvent par l'horreur d'une part et par la dignité de l'autre, le niveau de l'Histoire. C'est "l'Histoire" qui a tué Louis XVI et les siens... Autres temps, je sais. Fallait, hélas, bien commencer...
Soit on les laisse se traiter eux-mêmes, à la Hitler : tragédie en sous sol, dans un Berlin en flammes... Suicide ridicule de minables tueurs trouillards, comme rats en égouts, car hormis les horreurs commises, le personnage n'était que ridicule. Sauf que le ridicule tue, et en dernier, ceux qui en sont atteints.
Entre les deux, on fait un truc, façon Sadam Hussein, un peu à l'américaine. On juge... enfin, on ne juge pas vraiment, comme au far-west avant de parler, on tire, on condamne d'abord.
Il y a et c'est nouveau, le traitement particulier accordé aux Moubarak, aux Ben Ali, tyrans, tueurs, salopards, mais curieusement moins pires dans la petite boutique des horreurs de la tyrannie, tyrannie banale, de proximité en quelque sorte, il y en a encore des centaines dans le monde de cet acabit, les Kim il Jong, les Castro bros. les dirigeants chinois qui vont "racheter la dette" et d'autres moins médiatisés.
Enfin il y a "le grand satan", Khadafi ! D'autant plus abattable qu'on l'a après l'avoir honni, adulé, et ce, encore trop récemment ! Khadafi, c'est Dracula, Néron et lui-même réunis. Khadafi, comme Sadam Hussein, mais avec de surcroît un bonus à l'urgence, fallait qu'il crève avant de l'ouvrir. (C'est ce que dit clairement un très sérieux journaliste helvète sur ma TSR favorite...) Un peu de la même manière on zigouilla froidement l'ignoble Mussolini.
Le problème, c'est qu'une fois Khadafi sommairement exécuté - on va pas le pleurer non plus - il y a encore son fils chéri, Saïf al Islam, l'héritier officiel qui va, si Allah lui prête vie, se livrer au tribunal international... Et le fiston c'est peut-être une ordure, mais c'est pas un con... A part venger Papa en caftant sévère, il lui reste quoi dans la vie, s'il survit ? Car comme disait mon grand-père, Saïf al Islam, il a "intérêt à numéroter ses abattis"...
Bachar el Assad, il a bien raison ! faut s'accrocher ! Car si les tyrans ne s'accrochent pas au pouvoir, qui c'est-y qui va le faire ? Hein ?
Maintenant la vraie question reste entière. En dehors de problèmes de politiques, de compromissions antérieures avec ceux qui ont eu leur peau, la mort violente du tyran pour ceux qui ont vécu sous son joug est-elle salutairement catharsistique...